Par : RM
Publié : 17 novembre

Prix Bayeux 2018

Prix BAYEUX 2018

Les reportages de guerre, quelle utilité, quels risques ?

Accompagnée par Madame Neveu et Madame Hallé, la classe de 1ère L2 s’est rendue à l’université du Havre le lundi 8 octobre pour participer au Prix Région Normandie des lycéens et des apprentis dans le cadre du Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre 2018.
Sur place nous avons rejoint des élèves du lycée Jacques Prévert de Pont Audemer, du lycée Guillaume le conquérant de Lillebonne et des lycées havrais : Porte océane, François 1er et Saint Joseph.

Lors de ce premier jour du Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre, 2 900 lycéens et apprentis de Normandie issus de 77 lycées ont visionné sur 16 sites différents, les reportages de la sélection officielle, catégorie télévision.
Dix sujets, de 3 à 7 min, leur ont été présentés. Chaque reportage aborde une situation de conflit, ses conséquences sur les populations civiles ou la défense de la liberté et de la démocratie. À l’issue de la projection, chaque élève vote pour élire le reportage de son choix. L’occasion pour les lycéens et apprentis de toute l’académie de s’intéresser, avec leurs professeurs, à l’actualité internationale, en présence de grands reporters venus spécialement les rencontrer pour parler de leur métier et débattre avec eux.

http://www.prixbayeux.org/actions-scolaires

Dans les 10 reportages que nous avions à départager, les différents thèmes abordés étaient les guerres civiles, la famine, l’esclavage et l’embrigadement.
Les vidéos qui ont le plus retenu l’attention des élèves ont été les reportages qui traitaient de la famine au Yémen contenant des images choquantes de jeunes enfants en sous-alimentation, de l’embrigadement d’enfants soldats par Daech dès leur plus jeune âge et de leur difficile réinsertion dans la société, des migrants en Libye dévoilant des images de vente aux enchères d’esclaves et des pratiques des cartels de la drogue au Mexique, notamment le travail d’un jeune homme dont la tâche est de récupérer les cadavres laissés n’importe où.

C’est le reportage intitulé "Les Lionceaux du Califat : des bombes à retardement ?" de Stéphanie Perez et Nicolas Auer, tourné en Irak en octobre 2017 et diffusé sur France 2 qui a remporté le prix des Lycéens. Ceux qui le souhaitent peuvent aller le découvrir à l’adresse suivante ou en cliquant sur le lien : http://www.prixbayeux.org/portfolio/prix-region-normandie-des-lyceens-et-des-apprentis-television-2018

Lors de cette journée, nous avons pu interviewer la journaliste Laurence Geai…

www.laurencegeai.com

Tout d’abord la journaliste s’est présentée : Laurence Geai est une photographe de guerre qui a couvert les conflits Irakien et syrien (elle s’est rendue sept fois en Syrie mais ne peut plus y retourner car lors de son dernier séjour elle a menti aux autorités en leur faisant croire qu’elle travaillait pour une organisation humanitaire) mais aussi ceux qui se déroulent en Palestine ou encore en République centrafricaine.
Ensuite sont venues les questions. Beaucoup d’entre-elles concernaient le fait que Mme Geai est une femme : beaucoup d’élèves voulaient savoir si cela portait préjudice à l’exercice de son métier, si cela était plus risqué. Elle a expliqué qu’être une femme permettait d’accéder aux témoignages des femmes sur le terrain, qu’elles se confient plus. Comme elle prend des photos dans des zones à forte population musulmane, il lui a été demandé si elle portait le voile, elle a répondu qu’elle l’a porté uniquement en Syrie pour faire un reportage sur Daech.
Plusieurs questions ont ensuite été posées sur les conditions de travail d’un photojournaliste : le choix des sujets, comment trouver des témoins sur le terrain… Selon Laurence Geai, cela dépend de la façon de travailler. S’il s’agit d’une commande passée par un grand média, le budget est bien moins limité qu’en free lance.
Enfin beaucoup d’interrogations concernant la violence, la peur et la gestion des traumatismes liés à son métier ont été abordées. Pour sa réponse, elle a pris l’exemple de la situation qui l’a le plus effrayée : lors d’une enquête sur Daesh, une balle lui est passée à 10 centimètres de la tête. Pour gérer ce genre de situation, elle fait des petites vidéos de ces moments et/ou exprime ses craintes à voix haute de manière à extérioriser sa crainte, ce qui lui permet de ne pas perdre le contrôle dans un moment de stress. Elle a également expliqué que ce qui lui permet de gérer le stress lié à son métier est l’équilibre qu’elle trouve dans sa vie personnelle, quand elle rentre à Paris et le fait qu’elle ne fait pas que des photos de guerre. Elle couvre également des événements liés à la mode tout comme des documentaires sur des hommes politiques. Elle a d’ailleurs été autorisée par François Hollande à réaliser un reportage photographique à l’Elysée, travail qu’elle a beaucoup apprécié.
A la question de savoir pourquoi elle s’est orientée vers ce métier, elle a répondu qu’il lui permet de se sentir utile, de témoigner sur des situations parfois méconnues et surtout de rendre compte des dommages de la guerre sur les populations civiles.

Pour compléter les informations concernant le métier de reporter de guerre, les élèves intéressés peuvent emprunter au CDI le N° 262 de la revue "Les chemins de la mémoire", 2ème trimestre 2018, dont le dossier est consacré aux reporters de guerre.

Emile et Lucie, élèves de 1ère L2